samedi 3 octobre 2009

L' Affaire

J'étais pourtant bien décidée à ne pas me prononcer ici sur l'affaire qui défraye la chronique, qui personnellement ne me passionne pas particulièrement, et javoue même que je suis un peu choquée de voir tant de gens se répandre sur le net, se focaliser là dessus et ignorer, entre autres horreurs actuelles, la tragédie des Samoa et de l'Indonésie. J' étais donc résolue à garder un silence éloquent, mais après avoir retourné mes doigts sept fois sur mon clavier, j'ai quand même envie de consigner quelques reflexions ici.


Il y a une humaniste en moi qui croit que les hommes peuvent évoluer, et que surtout toute personne peut à un moment donné, dans des circonstances particulières, commettre l'irréparable, un délit, une faute grave, un meurtre même. Je ne crois pas qu'il y ait des bons et des méchants, je crois en la faiblesse et en la force des hommes, et surtout je crois en une forme d'espoir sans laquelle toute vie en société est condamnée. C'est pourquoi je comprends la notion de prescription en justice.

Quelque soit le crime(si on met à part celui contre l'humanité, car il faut bien toujours une exception à la règle), il doit pouvoir être "oublié", on doit pouvoir tourner la page et aller de l'avant, et pas seulement quand le criminel "a été puni pour sa faute", "a fait son temps" ou autrement dit "a payé sa dette à la société", car il arrive que la justice soit imparfaite, que des accords soient conclus(parfois j'imagine à juste titre, d'autre fois moins sans doûte), que des procédures soient trop lentes, que des justiciables fuient. Le temps passe ensuite, les hommes refont leur vie, et même une meilleure vie que celle qu'ils auraient eue, et par meilleure j'entends meilleure pour eux et pour les autres.

Bien sûr il arrive que ceux qui s'en sont sortis si vite, retombent dans les mêmes schémas et se révèlent des criminels en série, incapable de résister à certaines pulsions destructrices. Il s'agit à mon avis d'une toute autre catégorie d'individus, des malades, dangereux pour la société, et dans un monde parfait ils seraient assez tôt identifiés et mis hors d'état de nuire(internement, soins, suivi). Notre monde hélas n'est pas parfait.

Il n'empêche que je crois en la prescription, ce qui j'imagine est une manière de croire à une forme non religieuse de rédemption pour ceux qui ont dérapé.

Ainsi, contrairement à tant de gens, je comprends la réaction des artistes et des intellectuels dans l'affaire Polanski, et celle de notre ministre de la culture Frédéric Mitterrand (même si je la considère très maladroite, mais à mon avis il n'a pas l'étoffe d'un ministre). Je la comprends et je ne la condamne pas. Ils sont touchés de voir un homme de plus de soixante dix ans, un homme qu'ils connaissent et apprécient (bien sûr s'il n'était pas l'un des leurs ils s'en ficheraient et se seraient bien gardés d'intervenir mais c'est notre lot à tous de nous sentir concernés davantage quand un membre de la "famille" est touché), un homme qui s'est reconstruit après de nombreux drames, qui a une vie de famille stable depuis 20 ans, être ainsi rattrappé pas le passé, par une affaire de plus de 32 ans, qui n'a pas cessé de le poursuivre mais qu'il croyait peut-être enfin terminée puisque la plaignante avait cessé ses poursuites depuis longtemps et avait même pardonné.
Ils sont choqués par le traquenard dont Polanski a été la victime en Suisse, un pays où il séjourne régulièrement, où il a une maison, et où avait passé trois mois quelques jours auparavant! Une Suisse qui jusque là ne semblait pas gênée de l'accueillir malgré l'existence d'un mandat international mais qui, malheureusement pour lui, est aujourd'hui en indélicatesse avec les Etats-Unis pour des questions bancaires...

Je trouve leur émoi compréhensible. Mais je comprends aussi que cette mobilisation affole les avocats de Polanski, qui font tout pour calmer le jeu, car ils savent bien qu'elle peut s'avérer contreproductive et même préjudicable à leur client. Il n'y a qu'à voir les réactions qu'elle suscite chez les gens! Cette levée de bouclier ne peut qu'entraîner le zèle de juges qui préparent éventuellement leur élection (quelque chose qui nous dépasse ici en France, mais nous avons aussi nos propres défauts en matière de justice)et connaissent l'indignation habituelle de leur clientèle électorale quand il s'agit des "Puissants". "Se faire" un acteur, ou une célébrité, il paraît que c'est bon pour une carrière judiciaire.

Personne n'est au dessus des lois, l'argent ne peut pas acheter la justice, l'art n'absout pas les crimes! Voilà ce qu'on entend, et ce n'est pas faux d'ailleurs, la justice doit être la même pour tous, mais je crois aussi qu'il faut éviter les simplications, les passions, et savoir preuve de détachement tout en restant humain.

Le problème n'est pas que Polanski doit être libéré par ce qu'il serait un génie du cinéma (c'est un argument stupide!), le problème est que les circonstances qui entourent son arrestation en 2009 sont assez doûteuses et odieuses.

Quant aux faits, je me garderais bien de prononcer des vérités sur la nature exacte du crime (viol ou pas), tant les versions des deux protagonistes divergent (dans ses mémoires publiées il y a quelques années, Polanski raconte précisément ce qui s'est passé selon lui, parle d'une jeune fille assez paumée et déjà sexuellement active, continue de nier tout viol etc) et nous savons que dans ces affaires là le mensonge est possible des deux côtés. Tout ce qu'on sait avec certitude est que Polanski a eu des relations sexuelles avec une adolescente de 13 ans (près de 14 en fait) en 1977 dans des circonstances qui rappellent bien la "promotion canapé" en vogue depuis toujours dans ce milieu là (et je parie que c'est toujours le cas), avec l'aide d'alcool et de drogues. C'est un délit, une faute grave, Polanski a été inculpé, a fait plus de quarante jours de prison, des experts médicaux ont considéré qu'il n'était pourtant ni un pervers ni un pédophile, il est sorti de prison, puis un "deal" a eu lieu avec un juge et la famille de la victime. Ensuite le juge aurait changé d'avis, et Polanski effrayé a fui. Il a par la suite trouvé encore un arrangement avec la jeune femme, lui versant de nouveau des dommages et interêts, et elle a fini par laissé tomber la plainte et a réclamé plusieurs fois que les media cessent de la harceler. Pour elle aussi il y avait prescription. Elle a droit elle aussi à l'oubli.

Quoiqu'il en soit je crois qu'il ne faut pas seulement juger les faits, mais aussi les gens, sinon la justice perd tout aspect humain et pourrait aussi bien être rendu par des machines.

Polanski a toujours refusé de remettre les pieds aux Etats-Unis pour éviter d'être arrêté mais il ne s'est jamais caché, il n'a jamais dissimulé cette histoire (d'ailleurs je suis assez surprise de voir que certains semblent seulement découvrir ce passé qui lui colle à la peau alors que c'était de notoriété publique), il n'a plus jamais été compromis dans une affaire de moeurs (pourtant avec un passé pareil, on ne l'aurait pas raté s'il y avait eu la moindre plainte, et les journalistes s'en seraient donné à coeur joie), et il vit avec Emmanuelle Seigner depuis 20 ans (elle était jeunette quand il l'a séduite mais majeure) dont il a eu deux enfants aujourd'hui adolescents. Personnellement je ne crois pas que ce soit un dangereux criminel. Je le vois comme un homme plutôt résilient mais qui était sûrement bien paumé après l'assassinat de Sharon Tate, à une époque de libération sexuelle, un homme immature qui comme beaucoup d'autre mâles (beaucoup plus qu'on ne voudrait l'admettre à mon avis) était attiré par les jeunes filles en fleurs, et qui de part sa profession se retrouvait en situation de plus facilement franchir la ligne rouge. Il avait d'ailleurs eu une courte liaison avec Nastassja Kinski quand elle jouait Tess et elle n'avait que 15 ans (Chaplin couchait avec ses jeunes actrices, dont certaines avaient 13-14 ans mais tenaient des rôle de femmes à l'écran...mais il avait tendance à les épouser ensuite, ce qui empêchait J. Edgard Hoover d'avoir sa tête). L'époque était bien différente de la nôtre, et les relations sexuelles avec les mineurs n'étaient pas du tout perçues de la même façon. Il semble donc assez injuste de juger avec les critères d'aujourdhui.
Et puis nous ne parlons pas d'un type qui faisait la sortie des écoles ou caressait les petites filles prépubères de son entourage!

Je n' excuse pas Polanski, il a commis une faute peut-être même un crime si la jeune fille a été forcée, et cette culpabilité connue de tous ne le lâchera jamais, mais je ne pense pas que le Polanski de 2009 est le même Polanski que l'enfant du ghetto de Cracovie, ou que celui dont la femme enceinte fut massacrée par la bande de Charlie Manson, et ce n'est bien entendu pas le même que celui qui profita de sa position pour avoir des relations sexuelles (consensuelles ou pas) avec une adolescente en 1977. Le seul point commun c'est que sa vie reste faite de rebondissements. Les forces du destin semblent vraiment à l'oeuvre.

La justice américaine a hésité à l'époque et il en profité pour fuir, estimant qu'il n'aurait pas eu un procès équitable car le juge avait un "hidden agenda". Peut-être est-ce vrai, peut-être pas...En tout cas maintenant pour beaucoup d'artistes et quelques autres, tout ça ressemble à de l'acharnement inutile (il n'y a plus de plaignante), et à la volonté d'une Amérique procédurière (et d'un nouveau juge ambitieux) de punir Polanski parce qu'il a fui, de l'obliger à rentrer, à plier.

Il me semble que l'affaire aujourd'hui fait plus de mal qu'autre chose, faisant souffrir les deux principaux portagonistes de cette sordide histoire et avec eux toute leur famille. Par ailleurs j'avoue avoir du mal à comprendre l'émotion populaire sur nombre d'interfaces et le fait que tant d'internautes vouent les défenseurs de Polanski aux gémonies. Je crois moi que leur motivations sont respectables et qu'il savoir raison gardée.

Bizarrement cette indignation passionnée me rappelle un peu l'émotion massive et irrationnelle suscitée par la mort de Michael Jackson, autre célébrité épinglée pour des affaires de moeurs, dont la pédophilie au sens étymologique du terme ne fait aucun doûte même s'il n'a pas été condamné pour les crimes de pédophilie qu'on lui a reprochés, mais sur qui tant de personnes ont pleuré naguère.

Personnellement si je peux être radicale quand il s'agit des idées, je préfère la mesure quand il s'agit des hommes, et je pense qu'il vaut mieux être humain avec les gens de leur vivant.

Little women

Yesterday I saw another of the Cannes films that won a prize. It's the British Fish Tank, and again its Prix du Jury is well deserved. That portrait of a teenage girl won't be forgotten.

Mia is a rebellious British teenager whose life isn't a piece of cake. Actually it sucks a lot. You wouldn't want to live in that Essex housing estate that is her fish tank. As for her family, it sucks too, her mother (the wonderful actress that starred in Loach's Its a Free World) wouldn't get a prize in parenting, and her little sister has a filthy mouth(yes the film is filled by bad language from all the female characters but the little sister delivers a very creative coarse language and is hilarious). The three females basically keep insulting each other all the time. Mia doesn't go to school anymore and she doesn't have any friends left. The 15 year old Mia is alone, feeling awful –she hides her body beneath shapeless sportswear just like she hides her softer side–reckless and restless.

The fish tank is the metaphor of the many cages Mia wants to escape. One of the them is her own body, hence her drinking booze (something her mother must have passed on her), her practicing hip-hop dance when nobody watches, and her trying to free a white horse who's chained up by some gypsies in a wasteground. One day a man shows up in the flat and sees her; Connor a hunk whom Mia's mother has brought back. His arrival leads to new possibilies, hope and, perhaps, disappointments.When I read that Mia had a secret passion for dancing and dreamed of becoming a hip-hop dancer, I was afraid that Fish Tank might be some sort of female Billy Eliott, a politicaly correct feel-good movie that would turn into a fairy tale, but it is not. The music has a role to play but Mia's passion isn't the stuff the film is made on. Also even though the film obviously belongs to the "social realism" family like the ones by Ken Loach or Mike Leigh(the plot takes place in a dirty and hopeless neighbourhood), it has its own style. It doesn't shy away from the ugly truth but it doesn't convey a political message, doesn't make a social statement. It's definitely a woman film, not only because the lead character is a 15 year old girl or the director is a woman(Andrea Arnold), but also because it's about the birth of a woman and about female desire.

There's such a sensuality in the way the camera films everything. It makes the audience feels what Mira feels, the breath she tries to catch, the fragrants she inhales, the skin that is touched, whatever Mia smells or tastes.

Michael Fassenber, who plays Connor, is again terrific (that actor never ceases to amaze me) and he's quite perfect as the male object of desire, so nice a guy but oh so disturbing. In the first scene he appears in, you can't help feeling like Mia and staring at that half-naked body. The sexual tension between Mia and Connor is really well done, not in the usual cliched way. Not many films have been made on female desire and even fewer have been made on a teenage girl's sexual awakening (I can think of Splendor in the Grass but Nathalie Wood's character was older, I guess), on the burgeoning female sexuality. Because in this film, even though it's obvious that the attraction and feelings are mutual(Mia and Connor do like each other) to the point of their crossing the line one night(while the pastered mother has passed out), it isn't much about a forbidden love nor about a man falling for his mistress' daughter, it's about Mia becoming a woman, about her leaving the fish tank.

Of course things aren't that simple and Connor isn't the key of her freeing for he isn't as nice as she(we)'d like him to be; he is just a tool in her metamorphosis, of her moving on past her chrysalis state. What I enjoyed in the movie is the lack of over-simplification. We get to see the dirty and the beautiful, the light and the dark side of every character, their strength and weaknesses. Anyway the film always avoids the easy route.So definitely not a fairy tale but not a depressing movie either, there's tenderness still and some sort of moral code remains, even there, even then.

vendredi 5 juin 2009

Cet acteur que j'aime


La nouvelle du trépas de David Carradine,retrouvé mort en Thaïlande, m'a sincèrement attristée. Je ne manquais aucun épisode de la série "Kung Fu" lorsque j'étais gamine, et je dois avouer que j'avais le béguin pour Kwai Chang Caine. David Carradine avait su donner à son personnage ce mélange étonnant de détachement très bouddhiste et de charisme incontestable. Il était tour à tour, mendiant et roi des arts martiaux, d'ici et d'ailleurs, indifférent aux contingences terrestres et palpitant d'amour, éthéré et sensuel. Je lui dois peut-être après tout d'avoir pris des cours de Kung Fu bien des années après...

C'est assez troublant et déconcertant, ces sentiments que nous inspirent les acteurs, des gens que nous ne connaissons pas et que nous ne connaîtrons probablement jamais dans la vraie vie. Ils nous attachent à eux alors qu'ils restent inaccessibles, ils nous séduisent par le biais d'artifices, mais sans nous voir – en nous rêvant peut-être?– et la relation qui en résulte relève bien de la fiction. Pourtant l'émotion est là, les liens se jouent de l'absence, font fi de la non-réciprocité, résistent même au temps. Ils s'installent en nous, au gré des représentations, des séances ou des diffusions télé, et n'en repartent jamais tout à fait. Nos meubles invisibles ont un jour épousé leur être et dès lors portent leur empreinte.
Et ils n'ont pas besoin d'être devenus nos idoles pour habiter ainsi nos vies. Ce sont plutôt des esprits familiers qui nous accompagnent, petits dieux lares issus des postes de télévision, creusant leur niche sans y paraître, au fil des des films et des années. Alors, quand l'un d'entre eux quitte le monde des vivants, il laisse un petit vide impossible à combler. Cependant la magie de l'écran et la force de l'image, font que leur reflet reste avec nous, imprimé dans les choses; leur écho ne disparaît pas tout à fait. L'amour passionné que l'on porte à une idole, quelque soit l'art qui nous l'a fait connaître (pour certain le cinéma ou la télévision, pour d'autres la littérature, la musique, le football...) relève du monothéisme le plus fervent et flirte souvent avec le fanatisme; la simple religion des acteurs, elle, est proche de l'animisme. J'ai cette religion-là, je crois.
Je lis en ce moment le roman d'un acteur que j'aime. Il s'agit d'un homme que je ne rencontrerai sans doûte jamais, mais que j'ai connu acteur d'abord, puis cinéaste, que j'ai apprécié grandement dans ces deux registres, et que je découvre aujourd'hui écrivain. Bernard Giraudeau avait déjà publié plusieurs livres, mais il aura fallu que la vie lui réserve deux cancers, et des critiques littéraires dithyrambiques pour que je me décide enfin à le lire. Et c'est vrai, ma foi, qu'il écrit bien le bougre!
Cher Amour est un livre qui vaut le détour, parce que Bernard Giraudeau sait faire partager ses voyages à l'autre bout du monde et sait se faire conteur; parce qu'il a du style et que ça change de tant de gens célèbres qui prétendent publier des livres mais écrivent comme des pieds ou font écrire par des nègres sans talent des ouvrages sans intérêt; parce qu'il utilise un procédé ingénieux et troublant, en s'adressant à une femme anonyme, tantôt muse, tantôt fantôme, tantôt déesse, une femme qui est tour à tour un stéreotype de Parisienne et toutes les femmes, celles qu'il a aimées, désirées, possédées ou rêvées, et moi peut-être. C'est une inviation au voyage et à l'amour. C'est surtout un curieux et judicieux mélange de lettre sans fin et sans réponse– telle une bouteille jetée à la mer vers une terre improbable, une analogie que le marin en lui aura peut-être imaginée et pourrait apprécier– et d'autobiographie, de récit de voyages, entremêlé de digressions historiques, de contes rapportés ou inventés pour le plaisir de la belle et de l'auteur, et de réflexions sur le métier d'acteur. Ces passages où Giraudeau reste à quai et revient vers les planches du théâtre m'ont troublée car j'étais présente dans la salle pour deux des pièces qu'il évoque: Le libertin et Becket ou l'amour de Dieu. Oui j'étais de ceux qui l'ont applaudi dans les rôles de Diderot et du roi Henri, j'ai aimé la richesse de son jeu, son charme, sa présence et sa sensibilité alors; je goûte aujourd'hui d'autres facettes de son talent, et je jouis de ce joli privilège: revisiter des instants révolus, en passant de l'autre côté du miroir, en revoyant les scènes par les yeux de l'acteur, ressuscitées et sans doûte déformées aussi, au moment où il les reconstitue en écrivant pour nous.

Tous les arts sont en fait convoqués dans ce roman, tous les visages de l'artiste, puisque Giraudeau le cinéaste ne cesse pas de filmer pendant ces voyages. Parfois ces arts, pareils aux dieux antiques ou aux sorcières de Shakespeare, complotent ensemble pour entraîner l'auteur sur d'autres rives et faire avancer le roman: ainsi lors d' un tournage aux Philippines, un rôle offre un voyage en Asie, permet de capturer des images et les rencontres fictives ou réelles nourrissent le récit.

Le "roman" court ainsi sur plusieurs années, entre Amérique latine, Afrique, et Extrême Orient, tel une odyssée entrecoupée de rôles qui sont encore d'autres voyages où les écueils existent et les naufrages sont également possibles.

En fait il y a quelque chose de très malin et de tout à fait grec dans ce livre, ce qui me plait beaucoup. Odysseus aussi racontait des histoires. Bernard Giraudeau a très bien compris qu' Ulysse le marin au fond fut un acteur, seigneur des métamorphoses, se masquant et se déguisant sans cesse, un habile conteur qui brodait souvent pour captiver son auditoire à la cour des Phéaciens ou mentait allègrement devant "les prétendants" de son épouse en Ithaque. Ulysse fut un fabuleux narrateur qui se mettait en scène à travers ses récits, mais il était aussi littéralement mis en scène par les autres comme dans le chant de l'aède sur le fameux cheval, un épisode troyen que tant de gens croient à tord pouvoir trouver dans L'Iliade. Comme Ulysse, Bernard Giraudeau peut être heureux d'avoir fait de si beaux voyages; comme lui il revient souvent vers la terre (Mme T. ?)et se laisse souvent charmer; comme lui, il s'adresse à Nausicaa tout en invoquant Circé, en désirant Calypso, et sans doûte en regrettant un peu Pénélope.
Au fond son livre me rappelle ce que dit Pietro Citati dans un essai sur l'Odyssée: "Le monde sur lequel Ulysse règne comme un souverain tout-puissant est celui du récit, aussi compliqué, illimité que le tracé de ses voyages sur la carte du monde. Personne dans l’Odyssée, où tous trompent, font semblant et racontent, ne possède ses qualités de narrateur ; personne n’a cette mémoire si constante, cet esprit équivoque comme le destin, inextricable comme les nœuds de Circé, coloré comme l’esprit d’Hermès, multiforme comme Protée, aussi menteur que les bonimenteurs de rue. Agamemnon, puis les Sirènes, l’appellent "celui qui connaît beaucoup d’histoires". En quelques vers mémorables, l’Iliade avait défini les lois de la poésie ; l’Odyssée glose ces vers, révélant pour la première fois dans la littérature occidentale les lois de l’art de raconter. Alors que la poésie est inspirée par les Muses, le récit jaillit de l’expérience du narrateur, qui peut réunir à son tour, dans sa propre voix, les témoignages des autres. À la cour des Phéaciens triomphe ainsi, pour la première fois en Occident, le récit autobiographique."

Cet acteur que j'aime est donc aussi un auteur qui me plait. Il me reste quelques pages avant d'arriver au terme de ce Cher Amour. Le récit m'appelle, réclame ma lecture, mais j'ai préféré écrire ceci, répugnant à embarquer de nouveau si tôt sous le commandement du capitaine Giraudeau car la dernière ligne est trop proche, l'horizon sera hélas vite atteint et je ne veux pas que le voyage finisse.
De Kwai Chang Caine, le Shaolin errant, à Giraudeau l'écrivain de marine, en passant par l'avisé Ulysse...il y a une étrange logique dans ce billet, n'est-ce pas?

lundi 1 juin 2009

From despair to hope

At first glance, Ken Loach and Eric Cantona make an unlikley pairing. Yet Loach is a football lover and Cantona, who has always been a peculiar footballer and has re-invented himself as actor/painter/photographer/poet, says he admires the British film-maker.

I am not a football watcher but ironically I watched Looking for Eric at the end of the week that saw Barcelona beat Manchester United. To all the MU supporters I say, go and watch Loach's movie you may recover from grief.

In Cannes Ken Loach said "at the game you go from despair to hope to triumph to sadness to elation within an hour and three quarters. If a film could achieve that, it'd be some film". So Looking for Eric may have more to do with cinema than with footbal, fan attitude or Eric Cantona at the end of the day. It is said that Cantona himself ordered it. He wanted a film to pay a tribute to a former fan of his, a postman from Manchester. Loach obliged but he somehow managed to make a film that isn't that far from his usual world.

Our main protagonist is called Eric Bishop, a postman, a good man who has very little self-esteem left, whose whole life is a mess. The first scene shows him driving like a mad man, backwards around the same roundabout, over and over, ready to end his misery and himself. In one scene later, Eric reveals he screwed up his life a long time ago and has been pretending for years. Eric is lost; his friends/colleagues are worried, they think he needs laughter. But he is not alone and he's going to find himself again eventually. From despair to hope indeed. Meanwhile the audience will be entertained and will even laugh.

Yes Looking for Eric is an enjoyable moment, a comedy rather than a tragedy, and for once in Ken Loach's work there's a good amount of light — in every sense of the word–despite some dark powerful moments, but it isn't just a feel-good movie and the Trotskyist film maker doesn't forget his social preoccupations and his political statements.

Yes Cantona has charisma and provides many smiles thanks to all the "cantonaisms"(those aphorisms he became famous for) Paul Laverty wrote for him. It's a lot of fun to watch him play with his public image, uttering "his proverbs and fucking philosophy" as Eric Bishop says – asking his revered hero to stop that bullshit for he already needed years to recover from the bloody seagulls!– and, in the end, laugh of himself. By the way the seagulls stuff– which is showed at the end of the film during the credits– wasn't that cryptic, the metaphor was quite obvious, it's the moment that felt quirky and made it sound like a nonsense. Cantona suddenly became a character from Lewis Carroll.

Movie-buff people make reference to Capra, but I guess that Ken Loach may have thought of Alice when he made the film because, following the unusual fantasy road, he takes both Eric Bishop and us for a "through the looking-glass" journey, backwards-style, in Cantonaland, with Eric Cantona showing up in Eric's room to become his existential guru. There's a Cheshire cat in that Eric!

Don't worry Ken Loach hasn't been damaged by the Twilight fever, he didn't swap social realism for fantastic; the trick is explained early enough at the beginning of the film when one of Eric's mates, who's fond of psychological and self-coaching books, suggests a group session. Everyone is supposed to think of an imaginary mirror and must focus on someone who loves them before looking at themselves through the eyes of someone they love and admire above all. For Eric Bishop it's Cantona!
Later, as Eric is smoking a joint and having a solitary self-pity session, the life-sized poster of Eric The King starts working as said mirror...and there he appears, bigger than life, the genie from the pot!

The film has flaws, the pace isn't perfect, some scenes lack subtlety, and the key metaphor of "the pass" being more important than the goal is a bit heavy, but I like the idea of the mirror, its mischievousness, and the dummy move it represents. The Cantona/Bishop scenes are basically an inner dialogue, Eric borrowing his idol's appearance to deal with everything he goes through, but there's more. Behind the ghost-idol who plays the charismatic and convenient life coach, there's Lily, Eric's first wife, the one whom he left but never stopped loving, the one who loved him more than anything and whom he hasn't faced for years despite their having a daughter.

The film is about love, about family, about solidarity, about trusting your partners, your team mates. Of course Loach can't help delivering a few kicks at football market, sponsors and fucking Murdoch, pointing out that postmen can't afford tickets and can only watch games on tv, but this isn't really a film about football per se.

The film surpises because it seems like a parenthèse ensoleillée in Loach's career, but I think it is nothing that the reverse side of the same coin. Heads or tails, the Death kept asking in the Coens' movie, No Country for Old Men, and once only the toss allowed a happy ending. Most of the time, it's hopeless and ends tragically because of the forces of F (Fate or Free Market), but this time, despite the personal pains and the general crisis (perhaps thanks to it actually), for once, it came down smiling heads for Ken Loach's characters. I won't blame him for indulging in a moment of optimism. Even the most realist ones among us need it from time to time.

In Loach's previous film, the brilliant and depressing It's A Free World – clearly not as uplifting but a better film than Looking for Eric– Ken Loach exposed a system based on the triumph of individualism, on the poor exploiting the poorer, leaving the audience with only their eyes to cry; here he celebrates the collective which makes the most vulnerable suddenly stronger. The "Operation Cantona" scene, besides being very funny("I will find you...because I'm a postman!"), says it all. Eric had to wear a mask before he could find himself again and put his blue shoes on; safety is possible provided that you're stay together; true glory is revealed in taking the risk of supporting the others; victory comes from the pass; brotherhood may overcome; salvation lies in the collective; lost love can be found again.

Looks like that, despite his ability to face this free world and tell it as he sees it, Ken Loach is hopeful yet.

vendredi 27 mars 2009

Do it classic-style

I don't drive, I don't own a mobile phone and I am not on Facebook. Yet I seem to enjoy the web so I must not be a complete loser in terms of modern pop-culture.

No really, I don't see the appeal of Facebook. Besides all the students are on it!

Social networks have their charm and interest. Posting on a forum, being part of a community is a bit like gathering around the fire, sometimes it may even be like discussing in a Salon from the Enlightenment.

By the way thanks to such sites, I came across this fake Facebook profile and it made my day. The Greeks delete the group Troy made me laugh, and Aeneas and Dido changing their status and then his writing on Dido's wall...it was priceless.

I know, I'm a nerd.

dimanche 15 mars 2009

Où subsiste encore ton écho

Alain Bashung est mort hier soir mais combien d'autres –moins connus, moins chantés ou simplement ignorés– ont disparu de la surface du globe au même instant, ne laissant même pas le moindre écho?

lundi 9 février 2009

Arise, arise, ye subterranean winds

Hurry up, planes, the winds are getting insane!


Both Orly and Roissy Charles de Gaulle airports will be closing at 20:00, because of the upcoming tempest. Paris will become an island on which no ship shall land.



Next the Seine will be coloured in blood and it will rain frogs and locusts.

No movie going then, it's a stay-at-home night. I'm debating with myself whether to watch Dial M for Murder on Paris Première or to start reading Henning Mankell's last novel, Kennedy's brain.

I have vague memories of Dial M and as I really enjoyed watching Shadow of a Doubt that was showed weeks ago this might be a fitting evening for some tense Hitchcock flick .

Hopefully soon, following Ariel, we'll sing along


Dry those eyes which are o'erflowing,
All your storms are overblowing.
While you in this isle are biding,
You shall feast without providing,
Ev'ry dainty you can think of,
Ev'ry wine that you can drink of,
Shall be yours and want shall shun you,
Cere's blessing too is on you.